Décompose (en cours)

Artiste sonore et autrice de « Décompose », une installation sonore féministe

Teaser sonore qui donne un aperçu de la future composition électro-acoustique
Cet extrait mélange ces mélodies :
– « A chantar » de Beatrice de Die (12e)

-« O virtus sapientie » de Hildgarde de Bingen (12e)
– « Udite lagrimosi spiriti d’Averno » de Lucia Quinciani (16e)
– « Ch’amor sio nudo » de Francesca caccini (17e)
– « A smile and a tear » et « Three sighs » d’Harriett Abrams (18e)


CONCEPT

“Décompose” est une installation sonore qui propose une approche sensible et musicale afin de questionner la place des compositrices dans l’histoire de la musique.

Cette installation donne à entendre une composition électroacoustique qui mêle des extraits de musiques composées par des femmes entre le XIIe et le XIXe siècle avec des sons qui évoquent le morcellement, l’interdiction, l’oubli et d’autres qui, au contraire, évoquent l’entièreté, la vibration et la redécouverte.

“Décompose” donne à voir des extraits de partitions, à lire des lettres d’époque adressées à des compositrices et des textes actuels de sociologues et de musicologues qui interrogent la place des femmes dans l’histoire de la composition.

“Décompose” n’a pas pour but de retracer toute l’histoire de la musique ou de dresser le portrait de toutes les compositrices oubliées de l’histoire mais plutôt de nous faire sentir la richesse et la diversité de notre matrimoine musical et de nous faire prendre conscience des mécanismes d’invisibilisation des compositrices au cours de l’histoire.

“Décompose” est un travail de réappropriation de l’histoire de la musique. Composer de la musique demande de faire appel à notre culture musicale. Or, la très grande majorité des musiques dites “savantes” qui constituent notre mémoire collective provient de compositeurs : nous composons donc inconsciemment le plus souvent à partir de musiques d’hommes.

“Décompose” est une recherche personnelle qui me permet de découvrir de nombreuses musiques de femmes, de m’en imprégner et de les réutiliser moi-même dans une composition électroacoustique. Cette mise en abyme musicale me permet de me réapproprier une autre histoire de la musique et ainsi de travailler sur mon sentiment de légitimité en tant que créatrice sonore. C’est cette approche que j’aimerais partager avec les différent·es musicien·nes en collaboration sur le projet et avec tou·tes les visiteur·ses de l’exposition.


L’OUÏE

L’idée de la création sonore électroacoustique de “Décompose” est de nous donner à entendre des mélodies de compositrices tout en nous faisant sentir les caractéristiques de la place des femmes dans l’histoire de la composition : une histoire en pointillés, cachée, oubliée mais aussi une histoire d’existence, de redécouverte et de mise en lumière.

Pour faire entendre ces mélodies composées par des femmes, je souhaite enregistrer des voix, et seulement des voix, afin de laisser la place fréquentielle aux autres sons de la composition électroacoustique. L’idée est d’enregistrer des élèves de chant d’école de musique, des adultes amateurs et des professionnels afin de récolter des voix variées : aïgues, graves, lyriques, non lyriques, jeunes, mures etc.

Ces enregistrements de partitions entières seront ensuite décomposés en cellules plus courtes : des phrases musicales, des mesures, des notes ; et viendront se recomposer autrement à l’intérieur de la composition électroacoustique.

En plus de ces voix, la création sonore entremêlera des sons qui évoquent le morcellement, l’oubli, l’interdiction. Des sons concrets de papier froissé, déchiré, brûlé se mêleront à des sons plus abstraits comme des notes tenues ou des nappes sonores lumineuses qui évoqueront, quant à eux, la redécouverte et la mise en lumière.

La structure même de la composition électroacoustique évoquera cette opposition de l’oubli et de la redécouverte en utilisant des cellules sonores très courtes (un mot, une note piquée, un son de papier froissé) et d’autres plus longues (des notes tenues, des nappes sonores, des phrases mélodiques entières).

Enfin, je mixerai cette bande sonore sur plusieurs canaux audio, de manière à pouvoir la diffuser sur plusieurs vibreurs et/ou hauts-parleurs et ainsi utiliser l’espace comme donnée intrinsèque de ma composition. Les visiteur·ses seront immergé·es dans cet univers sonore. 

Le montage, d’abord saccadé nous fait entendre des bribes de phrases, des syllabes, des notes courtes ; puis, petit à petit, les mélodies s’allongent, les voix se font plus claires jusqu’à entendre une phrase mélodique entière. La mémoire de la musique des compositrices nous revient progressivement.


LA VUE & L’ESPACE

Pour cette installation, j’imagine répartir des pupitres en bois dans l’espace. Au nombre de 15, ils représentent les différents pupitres de l’orchestre symphonique : l’un des symboles de la musique savante occidentale mais aussi un espace qui a longtemps été interdit aux femmes, aux musiciennes comme aux compositrices.

Derrière chaque pupitre sera fixé un vibreur qui permettra de transformer le pupitre en haut-parleur et ainsi de diffuser la bande sonore électroacoustique de manière spatialisée : le bois des pupitres va se mettre à vibrer, à chanter.

La bande fréquentielle que pourront diffuser ces vibreurs sera relativement restreinte et sera donc adaptée à la diffusion des voix. En revanche, d’autres sons de la composition électroacoustique possèderont un spectre plus large. On installera donc une couronne de haut-parleurs en hauteur pour le respect des timbres.

Sur les pupitres seront imprimés des partitions, des lettres d’époque adressées à des compositrices et des textes actuels de sociologues et musicologues qui traitent de la question de la place des femmes dans l’histoire de la musique.

Une création lumière sobre mettra en valeur les pupitres, éclairera les textes et découpera l’espace. Pour ce faire, des lampadaires noirs et fins, métalliques, seront posés à côté de chacun des pupitres.

En déambulant librement à l’intérieur de cette installation, les visiteur·ses se réapproprient l’espace de l’orchestre. Iels peuvent s’approcher de chacun des pupitres, les observer, les écouter, les lire. L’orchestre devient alors un espace ouvert où chacun·e peut y vivre sa propre expérience physique et auditive.

Cette installation sonore est soutenue par le Jardin Moderne, L’Orchestre National de Bretagne et le Logelloù où je partirai en résidence au printemps 2023.

@photographie : Éléonore Mallo